Nom de la page : 10_Démocratie circulaire.html
RÉSUMÉ POUR LES GENS PRESSÉS
Ce texte a comme objectif de présenter une autre manière de visualiser le champ politique, en particulier de montrer que les extrêmes se rejoignent par divers aspects dans leurs propositions de société "idéale".
Pour les besoins de la démonstration, les divers chapitres illustrent en fait 2500 ans de théorie politique, des Grecs à nos jours et en font presque un cours abrégé en la matière. Bref, qui n'a jamais rien compris à la politique trouvera ici son bonheur en quelques pages et les autres, plus avertis, pourront les utiliser pour se construire une pensée critique face à l'argumentaire éculé des principaux partis "à la mode".
L'objectif final étant de démontrer et ainsi de convaincre le lecteur que les extrêmes sont nuisibles pour notre société et qu'il convient absolument de reconstruire un VRAI centre fort, pour sortir de cette polarisation stérile que nous vivons.
Le document final étant bien plus long que prévu, nous avons décidé de proposer en plus un résumé PDF imprimable sur une page A4 recto-verso dans le plus pur style des "digest's" américains des années 1990. Les lecteurs intéressés peuvent le télécharger ici.
La démocratie circulaire, une autre façon de représenter la politique pour la dépolariser.
Prémisses et exemples.
Ce texte naît de la peur que j'éprouve en regardant le monde politique se polariser toujours plus ces dernières années. On croirait revivre les années avant-guerre, dès 1919, et je suis à proprement parler, terrifié, par la tournure que pourraient prendre les évènements, notamment de par leur similitude avec les années noires du siècle passé. Ne souhaitant pas que nos enfants et petits-enfants aient à revivre ce qu'ont vécu nos parents et grands-parents, je pense qu'il est de notre devoir, de tout mettre en oeuvre pour éviter que l'histoire se répète. Notre génération leur doit bien ça.
Il y a cent ans, les communistes s'opposaient frontalement aux fascistes, et le monde a basculé dans la guerre avec toutes les horreurs qu'elle a entraînées. Le dialogue était devenu impossible, la haine de l'opposant l'emportait sur la raison et les gens se combattaient physiquement pour imposer leurs points de vue. Et pourtant l'objectif final pour les deux camps était approximativement le même: le bonheur de la population; les divergences portant sur les moyens d'y arriver.
Avant d'aller plus loin dans mon thème principal, je vais essayer d'illustrer cette polarisation dans notre pays, et au-delà, ces derniers temps. Les deux premières affiches sont françaises :
Et malheureusement ce ton agressif et vindicatif est réapparu depuis quelques années avec les affiches réalisées par Alexander Segert, publiciste travaillant pour les amis de Blocher,
dont les visuels nous ont régulièrement fait honte, et qui ont été critiqués jusqu'à l'ONU et en Autriche. (où il a été inculpé, puis acquitté de l'incitation à la haine pour un jeu internet douteux où il s'agissait de détruire le plus de minarets possible)
Sa devise : "Une campagne électorale est toujours synonyme de combat. Combattre, c’est attaquer, porter des coups et surtout trouver un ennemi précis et l’attaquer jusqu’à ce qu’il crie, qu’il soit obligé de se défendre, mis sur la défensive.", colle bien à l'individu, surtout lorsque l'on apprend qu'il travaille aujourd'hui pour l'AfD, nostalgique du nazisme et de la RDA, qui commence à refaire son lit en Allemagne. Et ça n'est pas comme cela que je conçois la politique et je ne suis pas le seul.
Le problème commence exactement là. Lors d'un combat politique, lorsque l'un des adversaires sort de la rhétorique pour partir dans des basses attaques "racistes" dans ce cas précis. Voire dans des attaques "ad hominem" comme lorsque l’ensemble des élus UDC au Conseil national se rassemblaient sur la place fédérale le soir du 28 septembre alors que leurs collègues du Conseil des États siégeaient encore et entamaient le débat sur les bilatérales. Les élus ont successivement été traités de "vendus" et de "fatigués de la patrie", virtuellement menacés avec une hallebarde, nouvel emblème fort peu consensuel de ce parti dont l'agressivité compense le manque d'ouverture d'esprit. Le parallèle avec le Capitole est facile à faire, et je suis convaincu que certains de ces "fanatiques de la patrie" n'hésiteraient pas à utiliser la contrainte, s'ils en avaient l'occasion. Tout leur discours transpire la haine de l'adversaire, et l'absence totale de respect. On se croirait avec des supporters de club de football et lorsque des politiciens commencent à se comporter comme des hooligans ça n'est jamais bon.
Mais là où les choses se corsent, c'est lorsque les adversaires, lassés de faire le gros dos, commencent à utiliser, avec succès, le même genre de tactique. Comme illustré ci-dessous :
À ce petit jeu, il ne peut y avoir de gagnants. Et si l'agressivité augmente au niveau des visuels, elle n'est pas en reste au niveau de la communication verbale et même physique. Les premières insultes ont commencé à fuser (La section UDC de Vétroz traite de "petite bite" l'auteur de l'affiche avec Poutine). Et nous n'en avons pas fini, car à gauche aussi l'on sait se montrer méchant lorsqu'il le faut. Et maintenant que les digues contre l'antisémitisme ont clairement lâché en France et ailleurs en Europe, il faudra s'attendre à un ton nettement moins poli aussi chez nous. Surtout lorsque l'on voit que les élus de gauche sont absolument incapables de condamner les jeunes casseurs qui détournent leurs manifestations pour les transformer en bataille de rue et pillage organisé. En fait cette autre extrême ne vaut pas mieux que les premiers car elle utilise aussi la violence pour s'imposer.
Un espoir pour notre pays réside dans le fait que la Suisse a l'habitude et apprécie le consensus, qui est l'essence même du pays. Sans consensus, il serait simplement impossible de faire coexister pacifiquement les diverses ethnies qui le composent. Mais la proximité des frontières, le recours accru aux médias, dont les réseaux sociaux, fait que nous avons tendance à imiter nos voisins. Les faits récents ont montré que si la radicalisation peut effectivement rendre une cause plus visible, elle la rend détestable pour une partie des citoyens. Les échecs successifs des Verts aux récentes élections montrent que les méthodes extrêmes (cultiver des golfs, se coller à la route, violences urbaines induites par des manifestants cagoulés) leur ont coûté cher en termes de sympathisants.
J'ai commencé ce texte quelques jours avant la survenance des émeutes et des pillages liés aux manifestations estudiantines (entre autres) du 17 octobre 2026 dans toute la France. L'attitude scandaleuse de LFI, de son chef et de ses élus, va leur coûter des voix aux élections et préparer une autoroute à Marine Le Pen. Mais ne fera que confirmer mon propos.
Et maintenant on apprend qu'un comité JS et Grève de la Jeunesse veut maintenir les manifestations prévues le 20 novembre en Suisse Romande. L'article du Blick précise encore que ces jeunes pyromanes inconscients sont allés se former à Paris pendant les manifestations et Watson ajoute qu'ils ont participé aux Universités d'été de LFI en août. Et bien évidemment on trouve à nouveau derrière ce bazar, le fameux, Julien Berthod, de la JuSo, qui compare Glucksmann à Macron, en oubliant une primaire démocratique. On voit que l'Internationale Socialiste est bien plus à gauche qu'il n'y paraît.
Et si l'on essayait de comprendre le processus politique ?
Pour cette démarche il va être nécessaire de faire un petit détour par la philosophie, puis par la sociologie, pour mettre en place un vocabulaire commun stable permettant d'avancer sur le même chemin sans s'égarer à chaque tournant. L'idée de base étant de mettre en place un référentiel commun afin de pouvoir analyser les choses sans trop s'étriper à chaque nouveauté.
Politique et philosophie
À priori, combiner ces deux termes peut sembler bizarre. Pourtant, ce sont bien les philosophes grecs qui ont été les premiers à discourir sur les modes d'organisation des sociétés, à les analyser et à les catégoriser. En fait, ces modes d'organisation dépendent de plusieurs facteurs qui évoluent au cours du temps, la taille du groupe, son type (citadins, agriculteurs), ou encore la forme de l'habitat (concentré, étalé). À cela s'ajoutent des facteurs culturels tels que la cosmologie, les religions et les croyances. Leurs deux modèles étaient Sparte et Athènes, que tout séparait au niveau des modèles politiques et sociétaux.
| Critère | Sparte | Athènes |
|---|---|---|
| Régime | Double royauté et oligarchie | Démocratie directe |
| Modèle éducatif | Éducation militaire rigoureuse dès le plus jeune âge | Formation intellectuelle, artistique, philosophique et civique |
| Économie et travail | Agriculture fondée sur le travail forcé des esclaves | Commerce maritime étendu et artisanat (aussi esclavage) |
Pour clarifier le propos et éviter une digression de 500 pages sur ce sujet, je
vais volontairement simplifier et me limiter aux catégories essentielles. J'essayerai toutefois d'indiquer des pistes pour ceux qui désirent en savoir plus. C'est, entre autres, Karl Popper qui a le mieux décrit cette lutte entre plusieurs visions du temps des Grecs, notamment dans son ouvrage "La société ouverte et ses ennemis", que je vais essayer de résumer plus bas.
Chez les Grecs, on finit, grosso modo, par identifier deux types de sociétés : la société originelle, tribale, autoritaire, dite "close" en opposition avec la société démocratique, dite "ouverte". Les autres formes n'étant que des variantes intermédiaires ou inintéressantes. Périclès, Platon, Socrate et Aristote sont les principaux tenants de l'une ou de l'autre, et tenteront dans leurs ouvrages de les décrire avec leurs mérites et leurs défauts respectifs. Lorsque l’on adopte cette logique, l’interprétation du monde du point de vue historique pour le passé et du point de vue politique pour le présent, se précise nettement et fait apparaître clairement les deux courants principaux qui s’affrontent depuis plus de 2500 ans. Même Rome est passée de la société ouverte à la société close lorsque Jules César a décidé de franchir le Rubicon.
Nous nous retrouvons donc avec un tableau plus simple encore qui résume la situation décrite dans l'aparté ci-dessus. Pour être encore plus explicites nous allons y insérer une liste de pays représentants de manière évidente le discours mené plus haut. Jusque là rien de choquant, l'on ne s'attendait pas à trouver ces pays ailleurs qu'aux extrémités de ce classement. On va ajouter une ligne pour indiquer les pays qui ont le plus progressé ou le plus perdu en 2026.
| Critère | Fascisme / Autoritarisme | Démocratie |
|---|---|---|
| But suprême | La puissance de l'État / de la Nation | Le bien-être et la liberté de l'Individu |
| Régime | Totalitaire (contrôle toute la vie publique et privée) |
Libéral (protège la sphère privée et les droits) |
| Moteur social | La force, l'exclusion et le nationalisme agressif | La loi, l'égalité des droits et la tolérance |
| Exemples, basés sur l'indice publié chaque année par The Economist |
🇱🇦 Laos, 🇸🇩 Soudan, 🇱🇾 Libye, 🇹🇲 Turkménistan, 🇸🇾 Syrie, 🇨🇫 Rép. Centrafricaine, 🇹🇩 Tchad, 🇰🇵 Corée du Nord, 🇲🇲 Myanmar, 🇦🇫 Afghanistan
(de 158 à 167) |
🇳🇴 Norvège, 🇳🇿 Nouvelle-Zélande, 🇩🇰 Danemark, 🇮🇸 Islande, 🇫🇮 Finlande, 🇸🇪 Suède, 🇮🇪 Irlande, 🇨🇭 CH Suisse, 🇨🇦 Canada, 🇱🇺 Luxembourg
(de 1 à 10) |
| Pays qui se détériorent et qui s'améliorent | 🇲🇲 Myanmar, 🇧🇫 Burkina Faso, 🇸🇻 El Salvador, 🇬🇼 Guinée-Bissau, 🇹🇿 Tanzanie, 🇺🇸 USA | 🇸🇬 Singapour, 🇲🇾 Malaisie, 🇧🇼 Botswana, 🇲🇺 Mauritius, 🇧🇴 Bolivie, 🇫🇯 Fidji |
L'indice Freedom House 2026 pour le niveau de démocratie dans le monde est aussi très parlant, surtout sur la carte présentée ci-dessous :
L'indice Action for Happiness 2022 issu du World Happiness Report devrait confirmer qu'il fait meilleur vivre dans une démocratie que dans un régime autoritaire, la corrélation est assez évidente en principe :
Le même indice sous une forme plus sympathique confirme le précédent en y ajoutant de l'information. Mais surtout confirme le fait que le niveau économique influence de manière inverse le jugement sur le niveau démocratique. La Chine a un score similaire à la Grèce, l'Inde qui reste un pays assez démocratique paye sa pauvreté par un score de bonheur bas, et des monarchies pétrolières très autocratiques affichent un niveau de bonheur assez élevé du fait de leur prospérité.
La conclusion de cette partie de présentation des systèmes politiques est assez ambivalente : Plus de démocratie signifie plus de bonheur, mais à la condition que le niveau de vie soit correct, sans oublier la sécurité. Au risque d'enfoncer des portes ouvertes, c'est le confort matériel qui est l'un des facteurs les plus important du niveau de bonheur ressenti, et les aspects de niveau démocratiques sont secondaires pour la grande masse de la population, dès lors que la sécurité est garantie et qu'il existe des perspectives d'évolution pour les citoyens et leurs familles. Ce qui explique aussi très aisément pourquoi, lors de crises économiques, les citoyens ont tendance à s'orienter très vite du côté des populistes qui leur promettent monts et merveilles, de même que des boucs-émissaires qui les libèrent de leurs responsabilités propres.
Cela dit, nous pouvons toutefois affirmer :
Ce que vient confirmer notre dernier tableau :
| Type de Régime | Notes EIU | PIB / Habitant (PPA) | Une dizaine de pays exemples |
|---|---|---|---|
|
Démocraties Complètes (Société Ouverte) |
8,00 à 9,81 | 55 000 $ à 133 000 $ | 🇮🇪 Irlande, 🇳🇴 Norvège, 🇨🇭 Suisse, 🇳🇿 Nouvelle-Zélande, 🇸🇪 Suède, 🇫🇮 Finlande, 🇩🇰 Danemark, 🇮🇸 Islande, 🇦🇺 Australie, 🇹🇼 Taïwan, 🇯🇵 Japon, 🇩🇪 Allemagne. |
|
Démocraties Défaillantes (Zone intermédiaire) |
6,00 à 7,99 | 25 000 $ à 80 000 $ | 🇺🇸 États-Unis, 🇫🇷 France, 🇮🇹 Italie, 🇪🇸 Espagne, 🇰🇷 Corée du Sud, 🇨🇱 Chili, 🇦🇷 Argentine, 🇮🇳 Inde, 🇸🇬 Singapour, 🇲🇾 Malaisie, 🇧🇼 Botswana. |
|
Régimes Autoritaires (Société Close) |
0,00 à 3,99 | 600 $ à 23 000 $ (Excluant rentes pétrolières) |
🇦🇫 Afghanistan, 🇲🇲 Myanmar, 🇰🇵 Corée du Nord, 🇸🇾 Syrie, 🇹🇲 Turkménistan, 🇹🇩 Tchad, 🇨🇫 Centrafrique, 🇨🇳 Chine, 🇷🇺 Russie, 🇱🇦 Laos, 🇨🇺 Cuba, 🇧🇾 Biélorussie. |
L'on ne saurait s'étonner trop de cette situation qui provient de trois piliers économiques sans lesquels un pays ne peut se développer: >
L'impératif de l'État de droit : Pour qu'une économie devienne très développée, elle a besoin d'investissements massifs. Les investisseurs exigent une justice indépendante (propre aux démocraties) pour garantir les contrats et la propriété privée. Dans une société close, le pouvoir peut exproprier une entreprise du jour au lendemain.
C'est bien joli tout ça ! Mais comment relier ces structure organisationnelles aux systèmes politiques, notamment ceux en vigueur dans nos démocraties occidentales ? C'est bien là tout le propos de ce texte et nous allons opérer cette transition dans le prochain chapitre.
La notion d'hémicycle, puis la gauche et la droite.
Sans se lancer dans une histoire de l'architecture on retiendra qu'un hémicycle est une construction ayant la forme d'un demi-cercle. Il est conçu pour permettre à un public de faire face à une scène — donc à une forme de spectacle —, par opposition aux arènes ovales ou rondes où l'action se situait au centre. En politique, son avènement date de la Révolution Française, pour le Conseil des Cinq-Cents, la chambre basse sous le Directoire en 1795. L'objectif architectural était que tous les députés aient la même visibilité sur le bureau et les orateurs, mais surtout qu'ils puissent tous se voir. Par la suite, ce modèle se généralise dans le monde entier, à l'exception notable du Royaume-Uni, dont la disposition en face-à-face reflète une tradition de bipartisme historique.
La naissance fortuite du clivage Gauche/Droite : C'est lors des débats de 1789 sur le veto du Roi que les députés se sont répartis pour la première fois : ses partisans à droite du président, et ses opposants à gauche. Il est presque ironique de constater que l'hémicycle, conçu à l'origine pour créer un espace d'unité ouvert et transparent, ait mécaniquement figé ces notions géographiques en imposant cette structure courbe aux parlements du monde entier, l'architecture a créé la notion même "d'extrêmes", repoussés aux deux bords opposés de la salle.
Voilà ainsi que depuis de nombreuses années, la Droite et la Gauche s'affrontent dans les parlements — et parfois aussi dans la rue — pour conquérir le droit de gouverner (ou pour le confisquer). Il est clair que dans les pseudo-démocraties à parti unique, le problème ne se pose plus : si l'on y fait parfois siéger un parlement pour des raisons de façade, celui-ci est rarement pourvu d'un autre pouvoir que de ratifier les décisions d'un exécutif autoritaire.
Il n'est pas besoin d'être devin, historien ou expert en politique, pour voir les similitudes avec la situation actuelle dans divers pays européens et aux USA, avec une classe moyenne qui n'en peut plus de se serrer la ceinture, des milliardaires qui étalent leur fric comme à la parade, et surtout une jeunesse désabusée qui n'arrive plus à se projeter. Tous les ingrédients sont réunis pour de nouveaux affrontements sanglants, et on serait idiot de croire, comme le prétend une maxime attribuée probablement par erreur à Einstein, que les mêmes causes vont produire des effets différents.
On va se consoler avec une autre maxime de Paul Valéry qui s'est amusé à nuancer ce principe en écrivant : « Quand on dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets, on ne dit rien. Car les mêmes causes ne se produisent jamais ». Ce qui nous laisse un petit peu d'espoir et la possibilité d'agir sur les évènements. Mais pour cela il faut que nous continuions d'abord notre travail de compréhension.
Toute l'idée de ce texte est d'essayer de montrer à quel point les extrêmes se rejoignent et que la représentation "hémicyclique" pervertit cette idée en séparant des opposés qui se ressemblent. L'opposition entre sociétés ouvertes et closes serait nettement plus parlante et surtout plus honnête, car elle permettrait de démasquer les escrocs, des deux bords, qui vendent à la sauvette des propositions dont ils savent fort bien qu'elles ne seront jamais appliquées. Ce que l'on nomme communément le populisme. Voilà bientôt 250 ans que la Gauche et la Droite nous font croire qu'ils rejouent l'affrontement originel des Grecs, alors que comme on va le voir dans le tableau ci-dessous, ils ne font que nous proposer une société close drapée de couleurs différentes, et ce faisant nous détournent d'un Centre nettement moins sexy et enthousiasmant, mais seul vrai tenant de la société ouverte. Quand finirons-nous par le comprendre ? Peut-être lorsqu'il se décidera à assumer son rôle hors des logiques clientéliste.
| Critère | Extrême-droite, Fascisme, Dictature militaire | Extrême gauche, Dictature du peuple, Union des Gauches |
|---|---|---|
| Rapport à l'Individu | Soumission totale de l'individu à la communauté nationale ou raciale. | Soumission totale de l'individu à la communauté de classe ou au Parti. |
| Structure sociale | Société close : Ordre moral, nationalisme, rejet de l'étranger. |
Société close : Conformisme idéologique, élimination des déviants. |
| L'Hémicycle politique | Supprimé ou transformé en chambre d'enregistrement d'un chef suprême. | |
| Méthodes de contrôle | Police politique, censure, propagande, répression des opposants. | |
| Résultat concret | Une dictature totalitaire liberticide où le dialogue démocratique est impossible. | |
| Exemples de pays | 🇩🇪 Allemagne nazie, 🇮🇹 Italie fasciste, 🇪🇸 Espagne franquiste, 🇨🇱 Chili (Pinochet), 🇬🇷 Grèce des colonels. | 🇷🇺 URSS (Staline), 🇨🇳 Chine maoïste, 🇰🇭 Cambodge (Khmers rouges), 🇰🇵 Corée du Nord, 🇨🇺 Cuba (Castro). |
L'Histoire montre que si les dictatures militaires ou autoritaires de droite ont souvent fini par s'effondrer, le vide laissé a fréquemment été comblé par une nouvelle catégorie de régimes. À leur tête, des dirigeants se croyant investis d'une mission messianique refusent de passer la main. Pour beaucoup, ce maintien viscéral au pouvoir est dicté par la peur : ayant accumulé les dérives et les actes illégaux, ils savent que perdre le pouvoir signifierait faire face à la justice. Pour s'assurer une impunité perpétuelle, ils ne suppriment plus l'hémicycle, mais ils le vident de sa substance en transformant leur régime en "démocratie illibérale". Le décor démocratique est maintenu (on vote, le parlement siège), mais le système est verrouillé de l'intérieur (justice soumise, médias muselés). C'est la trajectoire qu'ont empruntée la Russie de Poutine, la Turquie d'Erdogan, jusqu'il y a peu et, plus récemment, l'Inde qui en prend le chemin. Les récentes élections ont montré que les Hongrois et les Serbes ont été capables de mettre fin à ce type de régimes sans effusion de sang.
La notion d'infini circulaire appliquée en politique.
Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer dans une démonstration mathématique, mais uniquement essayer de trouver une alternative conceptuelle à l'hémicycle si peu apte à illustrer mon propos. Certaines théorique mathématiques évoquent un infini circulaire, où une portion de cercle deviendrait tellement grande qu'elle pourrait devenir une droite. Mais surtout le symbole communément utilisé de l'infini ∞, qui ressemble au lemniscate de Bernoulli ou au ruban de Moebius avec cette fameuse forme de "huit couché" qui illustre parfaitement l'idée que les extrêmes se rejoignent.
Avant d'aller plus loin, il serait correct de mentionner les travaux du philosophe français Jean-Pierre Faye qui dès 1972 utilise la théorie du fer à cheval pour décrire le même phénomène. L'ajout de la notion de sociétés "ouvertes et fermées" me semble offrir plus de richesses et de possibilités. L'essentiel du discours étant de savoir s'il y a aussi une porosité entre les extrêmes, ce qui semblerait ne pas être le cas, par exemple entre le PC et le RN en France, ou entre l'UDC et le PS en Suisse, au niveau des électeurs, mais par contre on découvre que pour des profils similaires, on trouve des votes opposés : Les personnes à faibles ou moyens revenus et sans diplôme universitaire se tournent massivement soit vers l'UDC, soit vers le PS. Phénomène récent à mettre sur le dos du populisme.
On va donc utiliser un cercle, donc un disque pour remplacer notre hémicycle, tout en y superposant les notions de sociétés "ouvertes et fermées". Et pour ce faire un système à deux axes dans lequel on positionnera le cercle, l'axe horizontal des abscisses s'étend entre les deux pôles que sont le collectivisme et le capitalisme et l'axe vertical des ordonnées mesure le niveau d'autoritarisme en partant de la liberté pour aller vers la dictature.Les deux dimensions utilisées sont celles que l'on retrouve dans le système appelé Political Compass (politicalcompass.org) ou aussi un peu dans le diagramme de Nolan.
On va faire un travail par étapes, pour passer des diagrammes à deux dimensions en les fusionnant comme ci-dessous et en y superposant la notion de circularité. Et pour ce faire un système à deux axes dans lequel on positionnera le cercle, Ce premier cercle sera divisé en huit secteurs correspondant aux superpositions de couleurs. et l'on obtient un cercle divisé selon les tendances politiques les plus connues, que l'on affinera avec d'autres notions pour obtenir notre cercle de base.
Le résultat est illustré ci-dessous, et l'on nous pardonnera de n'avoir fait figurer que les mouvances politiques essentielles, en omettant les écologistes, les identitaires régionaux, les partis indépendants ou à revendication spécifique, qui ne feraient que rendre le tout illisible à ce stade. On complétera de manière plus précise lorsque l'on évoquera des exemples nationaux bien précis.
Pour compléter le travail nous allons d'abord essayer d'y faire figurer de nombreuses nations, de manière à ce que l'on puisse s'y repérer facilement et mieux comprendre l'esprit de cette manière de visualiser la politique notamment aux extrêmes.
L'hémicycle, ou l'illusion de la ligne droite.
Depuis la Révolution française on utilise l'hémicycle pour représenter les formations politiques selon leur emplacement dans le cénacle. Cela a créé une illusion tenace : celle que la droite s'éloigne de la gauche comme sur une ligne infinie. Les deux graphiques précédents mettent clairement en lumière une toute autre réalité : le phénomène de circularité et de fusion des extrêmes.
Selon ce catéchisme éculé, plus on marche vers la gauche, plus on s’éloigne de la droite. Plus on progresse vers le marché mondial, plus on s’écarte du contrôle de l'État. C'est une fiction confortable. Elle permet aux partis à la mode de rejouer à l'infini les duels du passé, drapés dans des postures de combat.
Cette ligne droite est une supercherie. Dans la réalité actuelle, le champ politique n'est plus linéaire, il est circulaire. Poussez les extrêmes à bout, forcez l'idéologie collectiviste ou le national-populisme jusqu'à leurs dernières extrémités, et vous verrez la ligne se courber, se tendre, puis se refermer violemment sur un point haut commun : la Société Close. Les analyses sociologiques récentes le prouvent : les votes ne sont plus le simple reflet des classes sociales, malgré des profils similaires les électeurs se partagent entre les deux pôles de la radicalité.
En clair, les extrêmes convergent vers une même vision politique de base: une société close, autoritaire et liberticide, indépendamment de la politique économique appliquée. Et c'est bien là que les populistes roulent leurs clients : Ils promettent de raser gratis, mais ne précisent pas qu'il est écrit en tout petit dans les conditions générales - celles que l'on saute toujours - : leur modèle se paie au prix fort de nos libertés individuelles.
Exemple concret, évolution du parlement suisse depuis 1960 à nos jours.
Nous avons choisi d’illustrer cette évolution avec la Suisse pour deux raisons. Primo, c'est notre laboratoire et nous en connaissons les moindres rouages. Secundo, le système politique helvétique devrait, sur le papier, nous vacciner contre la polarisation car nous connaissons depuis 1960 un gouvernement de concordance où les quatre principaux partis se partagent les sept sièges au Conseil Fédéral. Et nous allons découvrir des choses étonnantes car la politique est toujours pleine de surprises.
Pour avoir un peu plus de richesse dans nos statistiques nous avons choisi de travailler au niveau cantonal, car certaines sensibilités ne sont jamais représentées au niveau national, du moins au départ. Donc au lieu de ~200 sièges, nous travaillerons avec 2500-2800 sièges selon les années et les modifications constitutionnelles. Mais en fin de compte l'image est quasiment la même, le but était uniquement de ne pas passer à côté d'une tendance. Pour éviter d'avoir un camembert avec trop de tranches fines, nous avons regroupé où c'était possible et cohérent, à nouveau, sans influencer grandement le résultat final. Mais comble de l'ironie nous avons dû modifier notre cercle politique, en y insérant une zone blanche, car au moins en 1960, il n'y avait que très peu de tendances autoritaires, tout au plus quelques tenants de la dictature du prolétariat et quelques nationalistes xénophobes perdus dans ces parlements. L'on verra les détails dans le petit aparté sur les partis.
Nous avons refait la même démarche pour la situation actuelle et nous constatons plusieurs modifications subtiles :